Aux Marins : Mémorial des marins morts pour la France
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L’HISTOIRE DU MEMORIAL : DE LA STELE AU CENOTAPHE
Le cénotaphe
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Le Cénotaphe (FR) - Le Cénotaphe (Breton)


Le Mémorial et son environnement
Le Mémorial
- De la stèle au cénotaphe
- La stèle
- Le Cénotaphe - Historique du lieu
- Le Cénotaphe - Le concept
- Le Cénotaphe - Description architecturale
Le phare
Le sémaphore
La pointe St Mathieu
Les davieds

Ceux qui ne sont pas revenus

La Mer immense et verte comme une aube à l’orient des hommes…
Et c’est la Mer qui vient à nous sur les degrés de pierre du drame…

Saint-John Perse, Amers

Le mérite immense d’avoir sacrifié sa vie ne se compare pas et vaut dans toutes les circonstances, reconnaissance et respect. Mais ici, s’agissant pour la plus grande part de marins embarqués, trop souvent s’ ajoute pour eux le fait d’avoir disparu en mer.
Pas de linceul, pas de cérémonie de recueillement, pas de croix, pas de prière : comment les familles, touchées par ce deuil profond, ne sentiraient pas douloureusement ce vide de l’absence ? Jeunes hommes, à peine sortis de l’adolescence, frustrés à jamais de n’avoir connu qu’une vie trop brève, jeunes mariés à la félicité brutalement interrompue, jeunes pères de famille qui jamais n’accompagneront la croissance et la maturité de leurs enfants. Ils sont tous là, face à cet océan qui coupa brutalement le fil prometteur de leur vie.

Pour leur rendre l’hommage qui leur est dû et s’incliner devant la peine des familles, les autorités choisirent ce cadre immémorial de la mer toujours recommencée, où les lames venues du fond de l’horizon, éclatent sur la falaise rocheuse qui supporte l’espace du souvenir où sera érigé le monument qui leur est dédié.

Là, sur ce Penn ar bed, pointe et proue de l’ancien monde, la volonté pugnace de l’Amiral Guépratte, héros des Dardanelles, puis Député du Finistère, son souci de rendre hommage au sacrifice des marins, quelque peu oublié devant les pertes considérables de l’infanterie au cours de la première guerre mondiale, permirent de dresser face à l’océan le monument commémoratif rappelant leur rôle glorieux. Le mémorial fut inauguré le 12 juin 1927. Sa réalisation est due au sculpteur, originaire de Plouhinec dans le Finistère, René Quillivic qui choisit, quelque peu à contre-courant des monuments aux morts les plus fréquents, d’évoquer les victimes par l’expression de la douleur d’une mère, présentée comme une pietà en coiffe de deuil.

L’esplanade ainsi consacrée au sacrifice des marins de guerre et de commerce au cours du conflit de 1914-1918, bien que régulièrement fleurie par l’association du Souvenir français, ne recevait pas du public la fréquentation recueillie qu’elle aurait dû susciter.

Aussi, lorsque prit forme le projet, arrêté par le Syndicat mixte pour l’aménagement et la mise en valeur de la pointe Saint Mathieu de rénover l’ensemble de ce site remarquable, l’idée fut avancée d’associer au monument de Quillivic, et dans un même esprit, une manifestation plus complète de l’hommage à rendre à tous les marins, morts pour la France ou péris en mer, ayant servi dans la Marine militaire, la Marine de commerce, l’activité de sauvetage en mer ou encore inscrits maritimes marins-pêcheurs.

Sur l’esplanade, mémorial splendide imprégné de la passion de la mer, des plaques commémoratives furent apposées sur les murs de pierres portant témoignage de toutes ces vies perdues au cours de l’activité maritime. Et puis un hommage encore plus poignant étant dû à tous les marins victimes des conflits où la Marine était engagée et qui sont morts pour la France, l’idée fut retenue d’utiliser la construction militaire située sur ce plateau pour transformer en cénotaphe ( du grec vide et tombeau ) le fortin destiné au casernement, au dépôt d’armes et de munitions que le second Empire installa sur nos côtes pour contrarier le débarquement toujours possible des troupes anglaises.

Les pierres de granit taillé, parure des murs de cet édifice bâti vers 1850, malgré leur esthétique purement utilitaire, avaient encore fière allure, après avoir résisté au temps. Les voûtes intérieures dépouillées et nues répondaient au souci de l’architecte, auteur du projet, d’ordonnancer par l’exposition, la lumière et le son, ce lieu de mémoire, afin de permettre l’hommage reconnaissant et le recueillement grave que la photographie de chaque marin mort pour la France permettrait. Ainsi sur ces murs se retrouveraient, en une sorte de fraternité naturelle mêlant les grades, les fonctions, les attitudes représentées par les clichés exposés qui mélangent volontairement les poses en uniforme comme les photos de famille, tous ces marins qui sortiront de l’oubli pour atteindre les générations qui n’ont pu les connaître.

Une association « Aux marins » a été créée pour mettre en œuvre cette idée et continuer le travail remarquable initié par ses concepteurs. Animée par une équipe de bénévoles, en liaison étroite avec les familles concernées, elle a pour but de réunir le maximum de clichés à l’intérieur du cénotaphe, de diffuser sur son site internet les dossiers relatifs aux victimes et aux faits de guerre qui lui ont été confiés, de recueillir pour une exploitation future les informations concernant les péris en mer ou marins morts en service commandé. Il n’est pas interdit de penser que cette banque de données historiques, riche de faits d’armes mais aussi d’éléments propres à une étude sociologique, puisse constituer une source pleine d’intérêt pour les chercheurs d’aujourd’hui et de demain.

A. Laot