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Le cénotaphe a trouvé sa place
dans un réduit de batterie de côte, souvent appelé
"fortin"situé à proximité de la stèle.
Ce réduit de batterie de côte fait partie d'un ensemble
plus vaste, la batterie de côte proprement dite, avec ses
plates-formes, ses talus et ses pièces d'artillerie. Si les
sources anciennes sont peu nombreuses, nous savons toutefois que
la Pointe de Saint Mathieu est présente dans l'histoire maritime
de l'Europe depuis deux millénaires. Hubert Michéa
dans les Actes du Colloque "Saint Mathieu de Fine Terre",
insiste sur le caractère remarquable d'un certain nombre
de sites de la façade maritime ouest de l'Europe tels les
caps de Gibraltar (Calpé), de Saint Vincent (Portugal), ou
de la Corogne. Parmi eux, il faut bien sûr compter la Pointe
Saint Mathieu.
Les enjeux auxquels est confronté le site sont en effet considérables
et leur étendue géographique dépasse de loin
la seule voie des raz. C'est l'ensemble du trafic entre les différents
pays de l'Europe du nord et du sud, qui est concerné par
le "passage". La nécessité de l'emprunter
jusqu'à l'apparition des premières cartes de navigation,
les portulans, au XIVème siècle, amène Hubert
Michéa a le comparer à notre actuel canal de Suez
: passage obligatoire, il deviendra un point stratégique
cristallisant les désirs de conquête et de contrôle,
et connaîtra de nombreux conflits.
C'est ainsi que la Pointe Saint Mathieu fut spectatrice , et souvent
victime, des conséquences terrestres d'engagements maritimes.
Elle dut subir de nombreux raids, anglais ou bayonnais. Ces expéditions
visèrent parfois les richesses de l'abbaye, tel en 1294 ou
en 1558. L'histoire du monastère est ponctuée d'opérations
d'amélioration des fortifications.
Mais le cap de Penn Ar Bed est également inclus dans un dispositif
militaire plus vaste, où Le Conquet mais surtout Brest sont
présents, Brest qui fut occupée durant plusieurs décennies
par les anglais, et qui fut jusqu'au début du XIXème
siècle, une place convoitée et en permanence menacée.
Les gravures du XVIIème ne représentent-elles pas
l'Abbaye sur fond de tempête et de navires, toutes voiles
déployées ?
La préoccupation commune des Ministères de la Guerre
et de la Marine fut principalement d'empêcher les débarquements
aux extrémités occidentales de la Cornouailles et
du pays du Léon. Il y avait aussi la volonté d'observer,
de surveiller et de transmettre les informations ainsi recueillies.
Ces préoccupations conduisirent à mettre en place
une unification des dispositifs de communication, ainsi que des
dispositifs de fortification. Des procédés furent
utilisés, qui se déployèrent sur ce qui, près
de deux siècles plus tôt, préfigura le mur de
l'Atlantique : la défense de la façade maritime occidentale
de la France. Principalement sous l'action des réformes d'un
infatigable voyageur au service du Royaume de France, le Maréchal
de Vauban, on vit donc se construire des installations militaires
modélisées, adaptées à une certaine
technologie de la guerre. Cette modélisation se poursuivit
jusqu'à la moitié du XIXème siècle,
comme sur une lancée, préoccupée de compléter
une carte de la défense des côtes, datant déjà
de plusieurs décennies. Elle fut instantanément ruinée
par l'apparition de l'artillerie rayée, par la précision
et la portée que cette nouvelle technologie ouvrit dans le
bombardement . C'est à cette toute dernière extrémité
de la défense du littoral, que nous trouvons la batterie
et le réduit de Saint Mathieu. Mais avant de détailler
l'histoire des constructions que nous connaissons, il convient de
préciser l'histoire du site.
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