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« Il y a les vivants, les morts et ceux
qui vont sur la mer » a écrit Platon.
Ceux qui vont
sur la mer savent les difficultés qui se révèlent à lapproche des côtes, difficultés quasi
insurmontables de nuit sans guide. Nombre de capitaines et autres
patrons de barque, à cette époque et bien au-delà,
nayant pu rejoindre le havre salvateur avant la tombée
de la nuit, préfèrent séloigner de la
côte, mettant par là, même, à mal la légende
des naufrageurs.
Bien vite le besoin de repérage lumineux
se fait sentir puisque le premier signal connu, la tour de Sigée
en Asie Mineure, remonte au VIII° siècle avant J.C. Plus
connu est celui dAlexandrie en Egypte, élevé
sur lîle de Pharos, qui lègue son nom à
la langue française.
En France, lantériorité
peut être accordée à une tour à feu dont
lexistence est signalée à Boulogne vers 500
de notre ère. Des droits sont accordés à lAbbaye
de Saint Mathieu, dès 1157, par le duc de Bretagne, en compensation
de lentretien dun feu. Ces droits sont retirés
par ladministration royale en la personne de Richelieu, à
son profit, tout en laissant aux moines le soin de lentretien.
Le donjon tour élevé dans le système défensif
de lAbbaye sert de tour à feu.
Le feu est alimenté successivement par du bois, du charbon,
de lhuile. Il est protégé dès 1689 par
une « cage vitrée » mais celle-ci est dune
efficacité douteuse en raison de lopacification des
vitres. Elle est, de plus, soumise aux aléas climatiques
; un coup de vent la démolit en 1750. Des améliorations
sont apportées et progressivement la portée du feu
saccroît puisque en 1771, grâce à des réverbères
à huile, il apparaît à 6 lieues (34 kms) de
distance.
Le rapport dinspection, en 1781, de la tour à
feu, par Antoine Choquet de Lindu, ingénieur de la Marine
à Brest, nous décrit linstallation. Le fanal
est établi sur le haut de la voûte. Il est posé
sur un soubassement en pierre de taille élevé de 6
pieds (presque 2 m). Il a des montants en fer (6 pieds de haut également)
soutenant des carreaux de verre et une couverture en plomb, laquelle,
constate-t-il, est non étanche. Dans le fanal, il y a 16
lampions à 2 mèches et 16 réverbères
posés sur un pivot à 4 branches.
Cependant létat de la tour est tel quil ne permet
pas denvisager une réelle modernisation. Il conclut en
évoquant la construction dun phare neuf.
Par un décret
impérial de 1806, la Marine doit céder à l administration
des Ponts et Chaussée la gestion des phares et balises. De
24 en 1800 le nombre de phares sélève à
361 en 1831 justifiant le nom de « ceinture lumineuse » évoquée dès 1825.
Après quelques autres,
Augustin Fresnel (1788-1827) inventeur de systèmes doptique
donne aux phares la capacité de projection qui leur manque.
Cest
en 1830 que la décision de construire Saint-Mathieu
est prise. Lécrivain morlaisien Emile Souvestre dénonce
le fait que lon se serve de labbaye comme dune carrière,
sans doute à temps car cest surtout du granit de lAber-Ildut,
solide et superbement nuancé de feldspath rose, de quartz gris,
de mica noir, et partiellement du Kersanton
que nous trouvons dans le bâtiment. Le nouveau phare est inauguré
le 15 juillet 1835. Il sélève à une hauteur
de 37 mètres, plaçant sa lanterne équipée
dune optique lenticulaire, à 58,80 mètres au-dessus
du niveau de la mer (haute-mer, marée de 95). Son feu porte
jusquà 27 milles (50 kms). En 1900, il est équipé
dun brûleur consommant un mélange de pétrole
vaporisé et dair comprimé
grâce à un injecteur, la lumière est plus intense.
En 1932, il est électrifié et actuellement cest
une lampe aux iodures métalliques de 250 W 220 V qui
lui permet denvoyer à la ronde son éclat blanc
toutes les 15 secondes.
Cest en effet la fréquence de léclat,
précisé sur les cartes marines, qui permet aux navigateurs
de déterminer sa position par rapport aux autres phares.
Nous rappelons, pour compléter lapproche lumineuse
de la « proue de lAncien Monde » comme lécrit
Michelet, même si cette terminologie peut être contestée
par la pointe de Corsen dune fraction de degré plus
proche de lAmérique, quen 1894, un feu auxiliaire
est placé dans langle N-O de lAbbaye. Il présente
un secteur blanc de seulement 3° 50, inséré
entre deux secteurs rouge et vert de 7° 30. Aligné
avec le phare de Kermorvan, il donne le relèvement du chenal
du Four. Sentinelles de la nuit, le balai de leurs rais de lumière
a quelque chose de magique, de rassurant, lécueil est
évité, le port nest plus très loin
Rémy le Martret |