Aux Marins : Mémorial des marins morts pour la France
Recherche
Imprimer la page
Visite virtuelle Les marins Le mémorial et son contexte L'association Aux Marins Partenaires et liens Infos pratiques Boutique Forum


HISTOIRE DE LA POINTE SAINT MATHIEU
Texte à télécharger (au format PDF) pdf


Le Mémorial et son environnement
La pointe St Mathieu
Histoire du site de Saint Mathieu
Le site de Saint Mathieu
Le Mémorial
- De la stèle au cénotaphe
- La stèle
- Le Cénotaphe - Historique du lieu
- Le Cénotaphe - Le concept
- Le Cénotaphe - Description architecturale
Le phare de Saint Mathieu
Le sémaphore de Saint Mathieu
Les davieds de Saint Mathieu

Le mémorial « Aux Marins » s’intègre dans un site riche en histoire, en symbole et en légendes : il s’inscrit dans la continuité de la mémoire des hommes.

Ce cap, situé dans la partie la plus à l’ouest de l’Hexagone, est connu depuis la plus haute antiquité. Des objets préhistoriques dont la particularité leur a valu de recevoir la qualification de « type de Bertheaume » ont, entre autres éléments, été recueillis aux abords de Trezel, du côté du bourg.

Le géographe grec Ptolémée cite le Portus Staliocanus que l’on croit pouvoir rapprocher de Pors Liogan situé sur la corniche un peu plus au nord, et le promontoire de Gobée peut être la pointe Saint Mathieu, elle-même.

Il est certain qu’un courant commercial existe, de longue date, reliant la Méditerranée, le sud de la Gaule et les îles Brittoniques, les îles Cassitériques. Le passage, à vue et de jour, de cet espace géographique dangereux peut alors durer plusieurs jours et est l’occasion de prendre quelques repos, d’assurer un ravitaillement nécessaire. La liaison trans-Manche, par ailleurs, est aussi une réalité, les peuples d’un côté et de l’autre se connaissent bien. La réputation des Vénètes, peuplade armoricaine, fait de l’ombre à l’hégémonie romaine ; une saute de vent leur est défavorable et César devient ainsi maître d’une partie de l’Armorique. C’est, curieusement, avec les Romains qu’arrivent en Armorique, les premiers Bretons chargés d’assurer en partie la sécurité du « Tractus Armoricanus », sorte de « Mur de l’Atlantique » avant l’heure, contre les premières incursions de barbares venus du nord, aux Ier et IIème siècles de notre ère.

La migration la plus importante a cependant lieu aux Vème et VIème siècles ; migration non conflictuelle que peut expliquer une culture proche. La religion aussi est commune même si les Bretons l’ont adaptée à leur culture clanique, puisant dans les racines druidiques, professant en particulier un monachisme extrême.

Comment s’étonner alors que Saint Tanguy ait choisi ce lieu, battu par tous les vents, pour y fonder, au VIème siècle, un monastère, en expiation au meurtre de sa soeur Sainte Haude.
Au IXème siècle, des navigateurs Léonards revenant de commercer en Ethiopie en ramènent le corps de Saint Mathieu. Après avoir échappé aux dangers du Raz, ils talonnent mais la roche s’écarte pour laisser le passage au bateau, c’est ainsi qu’ils mettent à terre la précieuse relique en ce lieu qu’ils nomment Loc Mazhé Traoun. Les précieuses reliques sont enlevées, plus tard, par des pirates, transportées en France et perdues à jamais pour l’abbaye bénédictine fondée sur les ruines de l’ancien monastère en 1157, mais Hervé I° Vicomte de LEON retrouve et ramène le chef du saint, en 1206, à son retour de Palestine. Ce dernier donne, de plus, une impulsion significative à la construction de l’abbaye. Les abbés ont droit de mitre et de crosse. Ils jouissent des haute, moyenne et basse justices ; l’enclos du gibet des moines se remarque toujours à l’entrée de l’agglomération, marqué par deux menhirs christianisés évoquant les deux religions ancestrales.

Objet de pillages faciles et fructueux, l’Abbaye est autorisée à élever en 1358 des fortifications, en particulier le donjon carré près de l’église. Ce qui n’empêche pas de nombreuses exactions anglaises ; la dernière est la désastreuse descente anglo-hollandaise de 1558 qui a les plus funestes conséquences. Si le Conquet renaît de ses cendres, la ville de Saint Mathieu qui compte, à cette époque, jusqu’à 36 rues et ruelles dont une rue des Orfèvres,ne s’en relève pas. L’église paroissiale Notre Dame du Bout du Monde (an Itron Pen-ar-Bed ) est détruite, son portail monumental du XIV°, au bout du mail, tout contre la chapelle Notre Dame de Grâce, laisse imaginer de sa taille.

L’Abbaye toutefois, disposant de ressources propres, est restaurée grâce au zèle de son abbé Claude DONDIEU, ambassadeur de France près du pape Paul III et de Charles Quint et l’un des pères du Concile de Trente.

Les Bénédictins réformés de Saint Maur s’y établissent en 1685. La situation est cependant difficile à tenir et les moines demandent en 1692 à se replier en un ailleurs plus confortable. Ils se voient opposer un refus souverain pour cause d’utilité publique. En effet, depuis quelque temps ils ont mission d’entretenir un feu servant à la Marine de Louis XIV. Cette pénibilité est-elle la raison pour laquelle l’abbaye exerce moins d’attraction sur le monde religieux ? Toujours est-il que la Révolution n’en chasse que quatre moines. Les bâtiments, vendus, sont démantelés, les pierres vendues…

Au feu monacal, est substituée, en 1773, une lanterne vitrée contenant 12 lampes à réflecteur d’une portée de 5 à 7 lieues en mer. Le phare actuel mis en service en 1835, culmine à 37 mètres portant son éclat salvateur à 60 kilomètres en mer. De son sommet s’embrasse un grandiose panorama sur une interminable traînée de récifs et d’îles, de Sein à Ouessant.

Lorsque la tempête s’élève, le spectacle est d’une tragique beauté, à la mitraille des galets roulant sous la vague, inlassablement, se joint le hurlement puissant du souffle marin, les îles s’estompent dans une brume diluée, le ciel et la mer se fondent l’un en l’autre, les embruns s’envolent au dessus de la falaise rivalisant avec l’oiseau de mer qui semble attendre un moment autre, et, lorsque tout s’éclaire et s’apaise, lorsque le bleu, le blanc, le gris reprennent leur droit, le site, nouveau, totalement changé, d’une étrange beauté, reste toujours propice au recueillement, « L’âme de nos marins plane sur l’océanJe l’ai vu ce matin sous l’aile d’un goëland… » chante Freddie Breizirland, nous aussi nous pouvons la voir, si….

Rémy le Martret