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Le mémorial « Aux Marins »
sintègre dans un site riche en histoire, en symbole
et en légendes : il sinscrit dans la continuité
de la mémoire des hommes.
Ce cap, situé dans la partie la plus à louest
de lHexagone, est connu depuis la plus haute antiquité.
Des objets préhistoriques dont la particularité leur
a valu de recevoir la qualification de « type de Bertheaume
» ont, entre autres éléments, été
recueillis aux abords de Trezel, du côté du bourg.
Le géographe grec Ptolémée cite le Portus Staliocanus
que lon croit pouvoir rapprocher de Pors Liogan situé
sur la corniche un peu plus au nord, et le promontoire de Gobée
peut être la pointe Saint Mathieu, elle-même.
Il est certain quun courant commercial existe, de longue date,
reliant la Méditerranée, le sud de la Gaule et les
îles Brittoniques, les îles Cassitériques. Le
passage, à vue et de jour, de cet espace géographique
dangereux peut alors durer plusieurs jours et est loccasion
de prendre quelques repos, dassurer un ravitaillement nécessaire.
La liaison trans-Manche, par ailleurs, est aussi une réalité,
les peuples dun côté et de lautre se connaissent
bien. La réputation des Vénètes, peuplade armoricaine,
fait de lombre à lhégémonie romaine
; une saute de vent leur est défavorable et César
devient ainsi maître dune partie de lArmorique.
Cest, curieusement, avec les Romains quarrivent en Armorique,
les premiers Bretons chargés dassurer en partie la
sécurité du « Tractus Armoricanus », sorte
de « Mur de lAtlantique » avant lheure,
contre les premières incursions de barbares venus du nord,
aux Ier et IIème siècles de notre ère.
La migration la plus importante a cependant lieu aux Vème
et VIème siècles ; migration non conflictuelle que
peut expliquer une culture proche. La religion aussi est commune
même si les Bretons lont adaptée à leur
culture clanique, puisant dans les racines druidiques, professant
en particulier un monachisme extrême.
Comment sétonner alors que Saint Tanguy ait choisi
ce lieu, battu par tous les vents, pour y fonder, au VIème
siècle, un monastère, en expiation au meurtre de sa
soeur Sainte Haude.
Au IXème siècle, des navigateurs Léonards revenant
de commercer en Ethiopie en ramènent le corps de Saint Mathieu.
Après avoir échappé aux dangers du Raz, ils
talonnent mais la roche sécarte pour laisser le passage
au bateau, cest ainsi quils mettent à terre la
précieuse relique en ce lieu quils nomment Loc Mazhé
Traoun. Les précieuses reliques sont enlevées, plus
tard, par des pirates, transportées en France et perdues
à jamais pour labbaye bénédictine fondée
sur les ruines de lancien monastère en 1157, mais Hervé
I° Vicomte de LEON retrouve et ramène le chef du saint,
en 1206, à son retour de Palestine. Ce dernier donne, de
plus, une impulsion significative à la construction de labbaye.
Les abbés ont droit de mitre et de crosse. Ils jouissent
des haute, moyenne et basse justices ; lenclos du gibet des
moines se remarque toujours à lentrée de lagglomération,
marqué par deux menhirs christianisés évoquant
les deux religions
ancestrales.
Objet de pillages faciles et fructueux, lAbbaye est autorisée
à élever en 1358 des fortifications, en particulier
le donjon carré près de léglise. Ce qui
nempêche pas de nombreuses exactions anglaises ; la
dernière est la désastreuse descente anglo-hollandaise
de 1558 qui a les plus funestes conséquences. Si le Conquet
renaît de ses cendres, la ville de Saint Mathieu qui compte,
à cette époque, jusquà 36 rues et ruelles
dont une rue des Orfèvres,ne sen relève pas.
Léglise paroissiale Notre Dame du Bout du Monde (an
Itron Pen-ar-Bed ) est détruite, son portail monumental du
XIV°, au bout du mail, tout contre la chapelle Notre Dame de
Grâce, laisse imaginer de sa taille.
LAbbaye toutefois, disposant de ressources propres, est restaurée
grâce au zèle de son abbé Claude DONDIEU, ambassadeur
de France près du pape Paul III et de Charles Quint et lun
des pères du Concile de Trente.
Les Bénédictins réformés de Saint Maur
sy établissent en 1685. La situation est cependant
difficile à tenir et les moines demandent en 1692 à
se replier en un ailleurs plus confortable. Ils se voient opposer
un refus souverain pour cause dutilité publique. En
effet, depuis quelque temps ils ont mission dentretenir un
feu servant à la Marine
de Louis XIV. Cette pénibilité est-elle la raison
pour laquelle labbaye exerce moins dattraction sur le
monde religieux ? Toujours est-il que la Révolution nen
chasse que quatre moines. Les bâtiments, vendus, sont démantelés,
les pierres vendues
Au feu monacal, est substituée, en 1773, une lanterne vitrée
contenant 12 lampes à réflecteur dune portée
de 5 à 7 lieues en mer. Le phare actuel mis en service en
1835, culmine à 37 mètres portant son éclat
salvateur à 60 kilomètres en mer. De son sommet sembrasse
un grandiose panorama sur une interminable traînée
de récifs et dîles, de Sein à Ouessant.
Lorsque la tempête sélève, le spectacle
est dune tragique beauté, à la mitraille des
galets roulant sous la vague, inlassablement, se joint le hurlement
puissant du souffle marin, les îles sestompent dans
une brume diluée, le ciel et la mer se fondent lun
en lautre, les embruns senvolent au dessus de la falaise
rivalisant avec loiseau de mer qui semble attendre un moment
autre, et, lorsque tout séclaire et sapaise,
lorsque le bleu, le blanc, le gris reprennent leur droit, le site,
nouveau, totalement changé, dune étrange beauté,
reste toujours propice au recueillement, « Lâme de nos marins plane sur locéanJe
lai vu ce matin sous laile dun goëland
»
chante Freddie Breizirland, nous aussi nous pouvons la voir, si
.
Rémy le Martret |